Jeudi 20 mai 2010 4 20 /05 /Mai /2010 19:21

 

 

 

ce blog est ouvert en souvenir de mon père et de tous les soldats qui, comme lui, ont été faits prisonniers pendant la seconde guerre mondiale.


je retranscris ici le récit de sa captivité tel qu'il l'a écrit dans son journal.

 

 

couverture journal

                                             première page de son journal

Par BRIGITTE - Publié dans : soldat
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Jeudi 20 mai 2010 4 20 /05 /Mai /2010 22:54

 

Mon père, Joseph Moalic, est né le 13 mars 1913 à Saint Thonan, près de Landerneau, dans le Finistère, en Bretagne. Il est décédé le 3 novembre 2008 à Quimper.

Il était l'ainé de 8 frères et soeurs.


Il a fait son service militaire à Rennes, caserne Foch, au 10e régiment d'artillerie, dans les armes à cheval, du 17 avril 1934 au 6 juillet 1935.

Il a été nommé brigadier le 15 octobre 1934.

 

IMAGE crop

 

 

 

 

                                  a cheval

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

caserne     

Par BRIGITTE - Publié dans : soldat
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Samedi 22 mai 2010 6 22 /05 /Mai /2010 18:53

 

Au matin du 1er septembre 1939, l'Allemagne attaque la Pologne.

Le 3 septembre 1939, la France entre en guerre.

                                            mobilisation

 

 

Le 10 mai 1940, après huit mois de guerre immobile, appelée la drôle de guerre, les forces allemandes envahissent la Belgique et les Pays-Bas. Les armées franco-anglaises ripostent.

Au bout de six semaines de combat, c'est la défaite pour les Français.


L'armistice est signée le 22 juin 1940. La moitié de la France est occupée et près de deux millions de soldats sont faits prisonniers.

 

 

 

Mon père est mobilisé le 26 août 1939. Il est affecté au 210e régiment d'artillerie lourde de Rennes, 18e batterie.

                         

                            fascicule mobilisation-copie-1

 

 

Il part de Rennes le 7 septembre 1939 pour les Ardennes, puis la Moselle.

Il est cantonné à Bernewiller dans le Haut-Rhin du 15 janvier au 13 mars 1940, puis en d'autres lieux du Haut-Rhin.   

                                                                                                                                

                 bernewiller 3                                     Bernewiller  février 1940

        

                                         bernewiller4


                  bernewiller 1 

 

 

                                       bernewiller 2

 

 

Il part de Belfort le 19 mai 1940 pour la Seine et Oise, puis la Somme.


Repli du régiment sous les bombardements en juin 1940, poursuivi par les chars allemands.

Ils sont encerclés et faits prisonniers le 19 juin 1940 à Vernou, dans le Loir-et-Cher.


Ici commence son journal.

Par BRIGITTE - Publié dans : soldat
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Dimanche 23 mai 2010 7 23 /05 /Mai /2010 17:59

"19 juin 1940, date inoubliable.

Ce jour-là, à cinq heures du matin, exténués de fatigue par une marche incessante d'un repli de plus de 400 kms précédé de durs combats sur la Somme et sur l'Oise, le régiment tout entier fut fait prisonnier par la colonne motorisée allemande qui nous avait devancé et encerclé dès le 18 dans l'après-midi. C'est en essayant de se replier encore davantage vers le sud pour gagner Limoges que nous fûmes arrêtés sur la route de Romorantin, près de Vernou, dans le Loir-et-Cher

 


                                vernou                                                    Vernou   rue principale

 

 

L'arrestation se fit sans incidents. Nous avions reçu l'ordre de ne pas résister.

Toute l'artillerie qui restait de la division était en colonne sur la route. En arrivant dans un carrefour gardé par l'ennemi, celui-ci fit feu sur la tête de colonne. Alors un officier s'en alla au devant en agitant un mouchoir blanc. Toute résistance était inutile. D'ailleurs, nous n'avions plus guère de munitions. Nous étions prisonniers.

Après le désarmement, on nous fit faire demi-tour avec nos chariots et nos chevaux en laissant nos canons.Nous remontions vers Orléans.

 

Peu après Vernou, nous rencontrâmes le gros de l'infanterie et de l'artillerie allemande, qui s'en allait toujours de l'avant, grisé par le succès, mais ne laissant pas moins paraitre la fatigue. Nous, pour la première fois, nous eûmes bien conscience d'avoir été dupés et trompés sur la valeur de notre armement et de l'armée allemande; et notre défaite ne nous parût qu'ordinaire en comparant notre vieux matériel de 1914-1918 au leur, très moderne et motorisé, réunissant une vitesse d'attaque bien plus grande.

 

De là, en deux étapes, nous fûmes dirigés et parqués dans un bois près d'un château à Jouy-le Potier, où nous devions rester quelques jours. Là, nous nous occupions de nos chevaux comme par le passé et nous avions la satisfaction de pouvoir nous reposer un peu, et d'avoir quelques vivres en réserve. Nous avions conservé notre roulante, ce qui nous permît d'éviter la famine pendant l'usure de nos réserves et de notre pain de guerre.

 

Si en ce moment-là, on avait su ce qui nous attendait par la suite, sûrement que moi et beaucoup de mes camarades n'auraient pas connu l'exil en Allemagne. Nous avions toutes les facilités pour nous évader, peu de surveillance, les gardes étant exténués de fatigue, notre installation en plein bois et au coeur de le France. De plus, les allemands n'avaient aucun contrôle sur nous, n'ayant pris ni nos noms, ni nos livrets. Hélas , souvent sur le coup, on ne réfléchit guère!

 

Déja le règne du bobard et du mensonge commençait et nous eûmes le défaut de nous être ainsi laissés berner. Ils nous lançaient des bobards des plus optimistes et que tout semblait confirmer. Nos officiers eux-mêmes les croyaient et nous rassuraient sur la véracité de ces dires. L'armistice était signée, la France avait déposé les armes. Notre détention ne faisait lieu que de quelques jours et ils allaient nous ramener à Orléans ou à Rennes pour nous libérer.

 

En fait, le 23 juin, de bon matin, par un temps orageux, nous prîmes la route à pied avec nos bagages, après avoir laissé nos chariots et nos chevaux sur place, et quelques camarades pour s'en occuper. La colonne s'étendait sur la route sur plusieurs kilomètres, car nous étions environ six ou sept mille prisonniers. Les coeurs au départ étaient assez gais. Ils nous assuraient nous envoyer à Orléans prendre le train pour Rennes pour y être démobilisés. C'était sans doute pour éviter les fuites.

 

La distance entre Jouy-le-Potier et Orléans est de vingt-quatre kilomètres, mais avec le détour que nous fîmes pour prendre le pont de chemin de fer de Vierzon (le seul pont qui n'ait pas sauté), cette distance fût portée à une trentaine de kilomètres. Le train de route était très accéléré. Les bonnes gens au seuil de leurs maisons nous versaient de l'eau à boire en passant.

A un dizaine de kilomètres du départ, on nous fit faire une pause et ceux qui avaient des vivres de réserve cassèrent la croute. Nous nous remîmes en marche.Tout le reste de l'étape se fit sans halte, près de vingt kilomètres d"une traite, et mené à un pas très rapide, si bien qu'en arrivant à Orléans sous la pluie, nous étions exténués et tous crevés sous le poids de nos bagages, les courroies nous rentrant dans les épaules."

 

 


Par BRIGITTE - Publié dans : captivité en France
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Lundi 24 mai 2010 1 24 /05 /Mai /2010 16:02

"Nous arrivâmes à Orléans vers midi-et-demi et dirigés au quartier Dunois."

  ( = fronstalag 153 )


(Les fronstalags étaient les camps de prisonniers en France

 Les stalags les camps de soldats et sous-officiers prisonniers en Allemagne

 Les oflags les camps d'officiers prisonniers en Allemagne. )



"La, chacun se dirige vers n'importe quel bâtiment ou manège, et se laisse choir tout courbaturé. Le soir, on se dirige vers une unique cuisine qui servait un quart de bouillon au patient qui voulait bien faire la queue pendant deux ou trois heures. Moi, je trouvais plus simple de faire la queue à la gouttière, c'était un peu moins long à attendre pour avoir un quart de flotte. C'était la seule eau qui existait au quartier, les tuyautages du service d'eau ayant été crevés par les bombardements. Après ce copieux repas destiné sans doute à nous rendre des forces, on s'arrangea de son mieux pour passer la nuit.

 

 

 

                                     orleans caserne Dunois

 

 

 


Le lendemain, de bonne heure, nous fûmes réveillés par un brusque "raus" qui venait chercher des hommes pour aller en corvée. Tout courbaturé par les fatigues de la veille et par la nuit sur la dure, il fallut se lever et descendre en vitesse. Etant de trop au rassemblement, je remontais avec peine au troisième étage, les autres camarades de la casée sortant en ville pour une corvée.


Pour la soupe à midi, même comédie que la veille au soir, et pas une goutte d'eau pour étancher notre grande soif. Toute l'après-midi, je regardais à la fenêtre attendant en vain la pluie, le ciel étant lourd d'orage. Je ne fus satisfait que vers six heures du soir.

Aussitôt, grande foule aux gouttières avec quarts et bidons.

Le lendemain, on organisa des corvées d'eau qui s'en allaient avec des barriques puiser de l'eau en dehors de la ville. Ces corvées étant si minimes au début qu'à leurs arrivées, se produisit plusieurs fois des bagarres entre les centaines qui essayaient d'approcher les barriques. En fin de compte, beaucoup du précieux liquide était versé.

 

Après quelques jours de ce régime de famine, où je me trouvais très heureux d'avoir encore quelques boites de singe et de sardines de réserve que je mangeais sans pain, naturellement, on commença à s'organiser dans le camp. Les régiments prisonniers furent regroupés dans les mêmes locaux sous les ordres des officiers et gradés français qui recevaient les ordres des allemands.  Et auxquels étaient distribuées des corvées.

A certaines corvées, il ne manquait pas de volontaires, car en plusieurs coins de la ville, on pouvait se ravitailler en pain et, oh bonheur, en vin, contre espèce sonnante naturellement. Certaines autres, comme la corvée du parc à fourrage, étaient très redoutées. Là, il fallait faire attention à la cravache.


C'est au cours d'une de ces corvées, employé au déblaiement du pont royal qui avait sauté sur la Loire, que j'eus l'occasion de me rendre compte des dégats affreux du bombardement du centre de la ville. Ruines encore fumantes, maisons éboulées au travers de la rue empêchant le passage, les riches magasins d'habillement et de nouveautés tous brûlés, conduites intérieures et voitures de réfugiés toutes calcinées au bord des trottoirs. Ajoutez à cela le cocottement d'une chair brûlée et de cadavres en décomposition sous les décombres. Tel était le spectacle lamentable du grand quartier de la place Jeanne D'Arc à Orléans, et de ce que le génie humain par le progrès et par l'orgueil est parvenu à faire au XXe siècle soi-disant de civilisation.

Par bonheur, la statue équestre de Jeanne D'Arc au milieu de la place resta debout intacte au milieu de ces dégats. La belle cathédrale aussi, bien qu'elle ne fût visée. Plusieurs bombes tombèrent sur la place devant le parvis, une torpille tomba au bas du parvis faisant un énorme trou et détruisant les marches d'un côté. On peut dire qu'elle l'a échappé belle!

 

La cuisine aussi s'organisa petit à petit. On pût se faire servir sans trop attendre, par unité et par pièce de vingt, comme au régiment. Mais ce qu'elle nous distribuait était bien maigre.

A midi, une petite bouchée de viande de cheval prise dans les chevaux blessés au combat et réformés pour leur blessures. Souvent elle était immangeable. Avec cela, un quart de pâtes et un petit morceau de pain à moitié pourri, tout moisi et fermenté dans les wagons restés en carafe dans les gares à la débâcle.

Le soir, un genre de soupe avec un peu de légumes.

Heureusement qu'aux corvées quotidiennes en ville, on pût presque journellement se ravitailler et améliorer notre maigre pitance.


Le sevice d'eau fût rétabli au bout de trois semaines. Ce jour-là, grande joie! On pût se laver et laver son linge sans trop de mal. Auparavant, avait existé pendant quelques jours une corvée de lavage à la Loire. Les non-occupés aux corvées allaient en groupe se "noyer" et laver leur linge dans le fleuve.

 

Enfin, les officiers furent retirés des unités et mis dans un logement à part, et les camps organisés en compagnies de deux cents hommes sous la direction d'un adjudant. Les corvées furent distribuées à tant par compagnie.

C'est à ce moment que commença aussi la fameuse corvée n°100 au terrain d'aviation de Bricy. Cette corvée marchait par roulement de deux équipes. La première partait à quatre heures pour revenir vers quinze heures, la deuxième partait à treize heures pour revenir à minuit. On prenait le train pour s'y rendre. Cette corvée avait la réputation d'être très pénible dans les débuts, et dans les premiers jours, plusieurs équipes restèrent toute la journée sans manger.


Tous les soirs, à vingt heures, avait lieu l'appel. Les compagnies étaient toutes rangées sur la cour et là, il fallait attendre en ordre le bon plaisir de ces messieurs jusqu'à vingt-et-une heure, vingt-deux heures, et bien souvent dans la nuit."

Par Brigitte - Publié dans : captivité en France
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