Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 14:45

"Le dimanche 26 octobre 1941, un peu avant midi, alors qu'on venait de laver et de nettoyer la chambre, corvée habituelle du dimanche matin, la sentinelle vient m'appeler ainsi qu'un camarade, Jean Le Traön, et nous annonce que le lendemain matin à six heures, on devait prendre le départ pour rejoindre le stalag d'Altenburg, en vue d'un rapatriement vers la France.

 

 

carte rapatriement

carte de rapatriement (obtenue par Caen ou la Croix rouge, je ne me rappelle plus lequel des 2)

 

 

Cette annonce mit un grand émoi dans la chambrée et une grande joie bien fébrile pour moi, bien que je n'osais trop y croire, bien d'autres ayant subi des annonces semblables de départ soi-disant pour la France, et en fin de compte, c'était pour changer de kommando.

Dans l'après-midi, tout excité par l'émotion, je ramassais mon paquetage avec le camarade qui se trouvait dans le même cas que moi. On reçût des doléances et recommandations à faire aux familles des camarades qui restaient et qui enviaient notre sort.

 

Le lendemain, après une nuit où je ne dormis guère, pas de danger d'être en retard pour une occasion pareille. Un adieu et une bonne chance aux camarades et on quitta à deux l'usine Kühn, où on venait de passer onze mois bien mornes de notre existence.

 

A la gare, on rencontra quelques autres camarades auxquels on se joignit. Après l'adieu à notre sentinelle, on monta dans le train de voyageurs sous la garde d'une sentinelle. A Leipzig, changement de train. On rencontra là d'autres prisonniers dans le même cas que nous, ce qui nous donna bon espoir.

 

On débarqua à Altenburg, en Thüringe, à une quarantaine de kilomètres au sud de Leipzig

       altenburg

gare altenburg

         gare d'Altenburg

 

 

Quatre kilomètres à faire avec notre barda à travers la ville très accidentée pour rejoindre le stalag IVE, formé dans une vieille salle de théâtre entourée d'un terrain de sport, où on arriva vers onze heures, sous la neige.

Là, les bobards nous confirmèrent le départ vers la France, ce qui nous causa une grande joie, bien qu'avec eux, on n'était jamais surs avant d'être partis et arrivés.

Pour le soir, nous étions environ une soixantaine rassemblés au stalag.

 

Le soir, nous fûmes très mal couchés sur une demi-paillasse par terre étendue entre les lits des camarades et dans les galeries du théâtre. Comme ce n'était que pour quelques nuits, le départ devant avoir lieu dans le courant de la semaine, on prit patience.

Mais au bout de quelques jours, à force d'attendre, c'est un mois interminable pour nous qu'on resta dans ce stalag."

 

 


croix rouge a

                    partie de rapport de visite de la croix rouge

 

Le rapport précise aussi que les conditions d'hygiène ne sont pas bonnes, avec seulement quinze robinets d'eau froide pour les trois cents à trois cent cinquante hommes que compte le camp, qu'il n'y a ni douches, ni appareils de désinfection, aussi y a-t-il beaucoup de vermine.

 

 

"Tous les jours, les libérables étaient affectés à des corvées à droite et à gauche. Personne n'étant courageux, on faisait surtout du camouflage quand on le pouvait. Au bout de quelques jours, le départ ne venant pas, on nous vida une baraque très humide et on nous y logea sur des étagères à claire-voie, comme dans un poulailler, à trois sur deux paillasses remplies de vermines.

Le soir, c'était une drôle d'existence dans ce fourbi, entassés les uns sur les autres et augmentés encore des prisonniers de passage au camp.

 

Au bout d'une dizaine de jours, on nous renvoya tous en kommando provisoire, pour arracher patates et betteraves en retard, par équipes de dix dans chaque village. Je fus dans une ferme avec cinq compagnons, mais nous n'y restions heureusement que trois jours, le travail presque fini et la gelée étant survenue.

 

 

ramassage PDT

                                      Pegasusarchive

 

 

 

Après onze mois passés enfermés dans une usine chauffée, en ce moment, c'était un changement d'aller ramasser des pommes de terre dans la plaine parmi la boue et face à un vent glacial, au mois de novembre.

Jamais je n'ai pu m'y réchauffer, aussi j'étais bien content de rentrer au camp au bout de trois jours, malgré qu'il y avait moins à manger. Mais avec les colis et la resquille de pommes de terre "aux pluches", on pouvait se défendre.

 

Certaines équipes restèrent dans les fermes jusqu'à la veille du départ."

 

 

 

 


Partager cet article

Repost 0
Published by Brigitte - dans rapatriement
commenter cet article

commentaires

Marie-Madeleine CHAPRON BERNIER 23/01/2015 11:27

je vous remercie pour l'information, j'ai écrit à Caen j'ai eu une réponse et une photocopie d'une carte indiquant que mon père Joseph était au camp de MOOSBURG en décembre 1940 ils me disent de
prendre rendez vous pour plus d'informations à Caen
en Septembre 1940 il était à MUHLBERG
Merci beaucoup

CHAPRON-BERNIER 16/11/2014 19:10

MERCI BEAUCOUP

CHAPRON-BERNIER 16/11/2014 17:15

je suis un peu perdue j'ai une photo de mon papa , au dos il a écrit N° 49078 StalagIV E Altenburg, sans date, cachet STALAG IV E GEPrüft,ensuite j'ai pensé qu'il est allé STALAG VII A à MOOSBURG
et j'ai donc une fiche de démobilisation datée du 18 Juin 1941
Cordialement M.M BERNIER

Brigitte 16/11/2014 18:01



Beaucoup de prisonniers ont fait plusieurs stalags.


Le IV B était souvent (pas toujours, certains y sont restés) un camp de transit où ils arrivaient de France avant d'être envoyés ailleurs.


Votre père a pu passer ensuite dans le stalag IVE, puis dans le VIIA, ou alors comme le mien, passer par le IVE en dernier, avant d'être rapatrié. La seule façon de connaitre son parcours, c'est
de demander à Caen


cordialement



Olivier GRELET 10/03/2012 20:11

Bonjour.
Je continue les recherches sur le IV E. Et je viens de remarquer que les prisonniers du stalag d'Altenburg - mon grand-père comme les autres qu'il cite - sont tous inscrits comme étant au IV B sur
la liste officiel des PG éditée par le Centre National d'Information des PG à partir de 1940. (disponible sur www.gallica.bnf.fr, une centaine de volume)
Bonne continuation.

Brigitte 10/03/2012 23:50



le stalag IVB était un camp de passage. La plupart des prisonniers envoyés dans cette région y ont passé, avant d'être envoyés, soit dans d'autres stalags, soit directement en kommando. Sur les
documents, et sur la plaque de matricule du prisonnier sont notés le 1er stalag où ils sont arrivés.


(je parle de ces listes dans mon blog, en page 6, avec la liste où est noté mon oncle, et j'ai noté l'adresse de gallica en fin de blog.)


amicalement



Olivier Grelet 27/02/2012 00:14

Bonjour.
Je découvre votre blog et suis trés intéressé par les info que vous possédez sur le IV E. Mon grand père y a passé quelques années. Je suis en train de retranscrire 4 carnets qu'il a rédigé de sept
39 à mars 42. Une tranche de vie dans une annexe du IVE situé à Wildenbörten. Il travaillait dans une ferme de Burkersdorf. Un peu d'info alimenterait terriblement ce document à vocation familiale
: 5 enfants qui ne le connaissent à priori pas et toute une suite. merci par avance

Brigitte 27/02/2012 18:31



c'est bien si vous avez vous aussi les carnets de votre grand-père. Je me suis moins attardée sur le stalag IVE, mon père n'y étant pas resté longtemps. Mais j'ai 2 rapports de la croix-rouge,
que je vous envoie par mail (pas besoin de me noter votre adresse sur le blog, je l'ai dans mon administration de blog par votre commentaire) J'espère que vous pourrez y apprende quelque chose


cordialement



Présentation

  • : journaldecaptivite1940
  •  journaldecaptivite1940
  • : journal tenu par mon père Joseph Moalic lors de sa captivité en Allemagne pendant la seconde guerre mondiale
  • Contact

Profil

  • Brigitte
  • mariée 3 enfants infirmière

 

Recherche