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28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 15:09

"Le 25 septembre 1940 au matin, je charruais tranquillement dans la plaine quand le garde-champêtre vint nous avertir qu'il fallait être à midi au bourg avec son paquetage.


C'était la catastrophe!


Le coeur bien gros, on s'en revient à la ferme. En vitesse, on écrit une lettre, nous ramassons notre paquetage.

Si on avait su, il était encore temps!


Nous mangeons un dernier repas à la ferme. Le patron était désolé de nous voir partir. La patronne pendant ce temps nous prépare quelques emplettes, puis les adieux. Le patron vient nous conduire au bourg. Les camions et les gardes nous attendaient déjà.

Les coeurs étaient bien gros et pour masquer un peu notre infortune, en route on se mit à chanter. Les trente kilomètres qui séparent Epieds d'Orléans furent vite franchis, et nous, moins joyeux que deux mois auparavant, nous franchissons à nouveau la grille.


Le camp était toujours organisé en compagnies à l'une desquelles nous fûmes affectés, et n'avait pas beaucoup changé d'aspect, sauf que les occupants avaient changé de couleur. Nos anciens camarades non partis en corvées agricoles avaient été expédiés en Allemagne fin Août et étaient remplacés par des noirs, arabes, Marocains et Tunisiens. Nous trouvâmes là nos camarades partis en équipes et rentrés quelques jours avant nous. Les corvées existaient toujours comme dans le passé.

 

Au début de notre retour, on pensait tous être rappelés pour un départ éventuel vers l'Allemagne, ce qui fit que, tous les jours, les évasions étaient très nombreuses à toutes les corvées. Le soir, il y avait des manquants. Le commandant du camp avait l'air de n'y faire guère de cas. Combien de fois par la suite j'ai regretté de n'avoir pas fait pareil, Dieu seul le sait !

Puis, les semaines passant, et l'hiver étant proche, on se mit à espérer de passer l'hiver à Orléans. D'ailleurs, on organisait le camp pour cela. Il y avait même une cantine où on pouvait se procurer du pain, de la bière, du vin. Assez chère, elle avait du succès, les arrivants ayant de l'argent en poche gagné dans les fermes.


Le prêtre, qui était au camp depuis le début et qui en était l'aumonier, avait installé une jolie chapelle dans une ancienne salle du foyer. Le Saint Sacrement y était maintenant conservé. Le matin, il y avait trois messes et le soir, la récitation du chapelet pour le mois du rosaire qui était en cours. L'affluence était très nombreuse, parmi laquelle on voyait de toutes les couleurs, Français, Sénégalais, Malgaches, Annamites bien dévots. Pour la grand-messe du dimanche, la chapelle était devenue trop petite, et le commandant du camp avait promis une autre salle plus grande. C'était une grande consolation pour nous de venir passer quelques instants dans ce coin, dans l'intimité du grand maître.

 

A notre retour des fermes, nous étions des rois tant que les sous duraient. Les petits annamites nous lavaient le linge, faisaient les chambres, lavaient les gamelles. Et à toute heure de la journée, on pouvait se procurer du café chaud à cinquante centimes le quart avec ces indigènes qui le fabriquaient et passaient dans les chambres vendre leur jus.

Le haut-parleur fût installé au quartier, dans lequel on nous passait quelques morceaux de musique et on nous annonçait le rapport.   


Les fameux bobards circulaient toujours de plus belle. On parlait beaucoup de notre retour dans les fermes, départ qui était même pour la fin du mois aux dires de certains.


Malheureusement, au lieu du départ pour les fermes, ce fût le départ pour la grande aventure."          

 


 

 

 

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commentaires

therese 08/05/2012 17:29

Qu'elle courrage.

Brigitte 08/05/2012 19:29



il en fallait



Maedes 15/04/2011 04:13


on a peur de lire la suite......


Brigitte 15/04/2011 16:35



c'était l'inconnu pour eux



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  • : journal tenu par mon père Joseph Moalic lors de sa captivité en Allemagne pendant la seconde guerre mondiale
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