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26 mai 2010 3 26 /05 /mai /2010 17:40

 

 

"Le 29 juillet 1940, vers deux heures-et-demi, je lavais mon linge dans la cour quand le sergent vînt me demander si je ne voulais pas aller en équipe agricole".


(Joseph était aide familiale sur la ferme travaillée par son père)


"Je ne demandais pas mieux que de sortir de cette caserne où avec  la chaleur, vu le nombre de prisonniers qui y étaient entassés, les feuillées sentaient bien mauvais, et presque tout le monde était atteint de diphtérie.

Il fallait être prêt à trois heures. Aussitôt, je planque mon linge à moitié lavé dans une musette, je rassemble mon paquetage et je descends au rassemblement.


A quatre heures, deux camions viennent nous chercher. Nous étions trente. Le coeur en fête, nous franchissons la grille avec l'espoir de ne plus y retourner, et roulons à toute vitesse sur la route du Mans. On se demandait où on allait atterrir. La joie régnait en respirant l'air pur, heureux de sentir déjà un peu de liberté. En fait, c'était une liberté provisoire qu'on allait vivre.

Le camion stoppe dans un bourg. Où on se trouve ? A Epieds-en-Beauce dans le Loiret.

Après un arrêt à la mairie, le camion repart vers les fermes. Je suis placé avec deux camarades dans une grande ferme à Pressailles. Le camion et les sentinelles repartent, nous laissant tout coi de notre liberté.


Le premier accueil de notre nouvelle patronne fût plutôt froid. Nous déposons notre barda, buvons un canon, et aussitôt, en auto, elle nous conduit dans la plaine où le patron et les ouvriers fauchaient le blé. On nous met à faire des terriaux jusqu'à six heures-et-demi, heure de la cessation du travail.



 

                           epieds 4

 

 

 

Le lendemain et les jours suivants, je pris trois chevaux et une lieuse, et jusqu'à la fin de la coupe, je tournais dans la plaine.

A quatre heures-et-demi, réveil. A cinq heures, soupe. A cinq heures-et-demi, début du travail. A onze heures-et-demi, diner. Reprise du travail à treize heures. A dix-neuf heures, souper. Soit en tout douze heures de travail.

 

                   

                          epieds

 

La nouriture était grossière et laissait un peu à désirer. Malgré cela, pour nous, c'était un changement à coté du camp, le pain et le lard ne manquant pas. Tous les jours, le même menu revenait sur la table, à chaque repas du lard. Jamais je n'y ai gouté de beurre, chose rare dans une ferme où il y a des vaches. A boire, nous avions un canon de vin le matin à déjeuner, un autre à neuf heures, un à midi et à quatre heures et un autre le soir, jamais de café.

Notre couchage était des plus précaire, dans une écurie où il y avait deux mulets. Sur de la paille, nous installions une couette de plumes avec draps et couverture. L'endroit était un peu mal trouvé. Enfin, nous y étions tranquilles, on ne dérangeait personne le soir en rentrant.

 

 

 

                         epieds 3

 

 

  

 

 

Dans la ferme, étaient employés deux charretiers, un berger, deux bonnes, cinq jeunes de quinze à vingt ans pendant la récolte, et nous trois. Le travail ne nous manquait pas, mais on était heureux d'avoir à nouveau un peu de liberté.

 

 

 

                                epieds 2

 

 

Nous allions tous les mercredi nous faire pointer au bourg à la kommandanture allemande. Par ailleurs, ils ne s'occupaient pas de nous.

Le dimanche matin, nous attelions la mule et allions au bourg à la messe de neuf heures-et-demi. Là, nous trouvions beaucoup de camarades. Cela fit un peu d'impression sur les gens de ce pays qui étaient peu pratiquants, surtout les hommes. Parmi les ouvriers agricoles, aucun ne fréquentait les offices.

L'après-midi, nous allions nous promener dans les villages voisins voir les camarades et faire une partie de cartes.

Pendant notre séjour dans cette ferme, on pût facilement envoyer et recevoir des nouvelles par la poste civile.

 

La vie s'écoulait heureuse et sans soucis. Tous les dimanches, on nous gratifiait de soixante francs. Nous avions bien l'espoir de finir notre vie de prisonniers dans cette ferme, le travail ne manquant pas et le patron comptant bien nous garder. Et sûrement, si on nous avait dit qu'il allait en être autrement, nous aurions fait notre possible pour passer en zone libre, chose très facile pour nous, et se faire démobiliser là-bas au bon moment. Hélas, nous avions eu tort de ne pas préparer l'avenir, et aucun de nous ne se doutait d'une captivité si longue, et plus tard, on regrettera la bêtise de ne pas s'être évadé, et d'avoir cru à leurs bobards.


Hélas, cette vie n'allait pas durer."

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commentaires

Maedes 15/04/2011 04:10


On a du mal à comprendre comment ils ne sont pas passés en zone libre puisque cela semblait facile.....


Brigitte 15/04/2011 16:30



parce qu'ils pensaient être libérés très vite . s'ils avaient su que la guerre allait durer 5 ans, je pense que beaucoup auraient fui !



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  • : journal tenu par mon père Joseph Moalic lors de sa captivité en Allemagne pendant la seconde guerre mondiale
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  • Brigitte
  • mariée 3 enfants infirmière

 

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