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29 mai 2010 6 29 /05 /mai /2010 23:05

"Le 24 octobre 1940, au départ des corvées, tous les Français firent demi-tour au poste. On se demandait pourquoi. Nous le sûmes l'après-midi. A quatorze heures, rassemblement général  de tous les Français dans la grande cour. Là, on nous compte et on nous recompte et nous dûmes rester jusqu'à la nuit. Pendant ce temps, une équipe de "fridolins"(allemands) faisait une fouille en règle dans les chambrées, ramassant effets civils, outils, rasoirs, papier à lettres, chocolat. En fin de compte, la nuit étant déjà tombée, on nous avertit d'un même rassemblement pour le lendemain matin à neuf heures, mais avec tout le paquetage.

 

C'était le coup de grâce.

 

Pour le départ, il devait y en avoir deux mille, chaque compagnie ayant un nombre à fournir. Très tard dans la soirée, j'appris que je ne faisais pas partie du convoi, mais on parlait beaucoup d'un départ pour les jours suivants. Ce qui fit que j'étais bien anxieux, et ne vivant pas le jour du départ des camarades. En fait, il aurait mieux valu les suivre, nous n'aurions pas été séparés par la suite.

 

Le lendemain de leur départ, le même manège se produisit, rassemblement dans la cour et tout le reste. A ce départ, presque tous les Français, sauf quelques employés, devaient partir, donc plus aucun espoir !

Différends bobards circulaient sur le lieu de destination. Pour nous, c'était Meaux ou le camp de Mailly. Les autres étaient partis pour Strasbourg. En somme, personne n'en savait rien.

Je rassemblai mon paquetage et quelques vivres. Heureusement, ce soir-là, il y eut du pain et du vin à la cantine. Un groupe de prisonniers de Jargeau arriva pour nous rejoindre.

 

Et le dimanche matin, à neuf heures, le 27 octobre 1940, après avoir entendu la messe et communié à la chapelle, je fus au rassemblement avec mon barda.

Après un moment d'attente, nous prîmes le chemin de la gare et vers dix heures-et-demi, nous montâmes dans les wagons à bestiaux recouverts de terre, ceux-ci ayant transporté des pommes de terre à Orléans, sans un brin de paille, à quarante par wagons. On nous distribua un peu de pain et de lard américain cru, on mît un vieux bidon de goudron dans le wagon en guise de tinette, et les portes furent fermées et scellées.

 

 

wagon dusouvenir

   

 

A une heure-et-demi l'après midi, le train se mit en marche, nous contournâmes Paris par Montargis. Puis, on s'installa de son mieux pour passer la nuit, assis, ne pouvant tous s'allonger. Heureusement, au départ, passant outre aux instructions, nous emportâmes notre couverture. Celle-ci nous fût bien chère pour nous couvrir pendant les trois froides nuits que nous passâmes dans le train.

 

 Le lendemain matin, nous étions dans l'est de la France, le soir, nous étions seulement en Lorraine. Le train faisait sans cesse des arrêts et marchait au ralenti. Ici, les noms des villes étaient déjà tous changés.

A la tombée de la nuit, le lundi, nous nous arrêtons sur une voie de garage en gare de Metz devenue allemande. Là, on nous fait descendre du train pour la première et dernière fois, et sans doute pour nous souhaiter la bienvenue et nous faire oublier la France, nous sommes conduits dans un grand bâtiment de la gare de marchandises transformé en réfectoire, tout pavoisé de guirlandes à croix gammées, et sur le côté, le portrait bien orné d'Hitler. On nous sert une bonne soupe aux macaronis bien chaude avec une petite tranche de pain blanc, dont on n'en remangera pas d'ici longtemps. Ce petit repas nous revigora et nous fit beaucoup de bien. Après, on remplit son bidon d'eau et nous regagnons nos wagons, d'où l' on ne devait plus descendre avant l'arrivée le mercredi soir.

 

 

 

train

 

 

On s'installa pour la deuxième nuit qui fût assez froide, et nous quittâmes le beau pays de France, pour combien de temps, mystère.

 

Le lendemain, nous nous réveillons près de Coblence. Toute la journée, par la petite lucarne du wagon, on cherche à voir le paysage vallonné et assez joli de la vallée du Rhin. Nous passons Cassel dans l'après midi. De temps en temps, le long de notre trajet, nous apercevons des prisonniers occupés à différents travaux. La troisième nuit arriva, bien froide. On se demandait où on allait atterrir à la fin ou s'ils allaient nous laisser dépérir dans ces cellules.

 

Le lendemain matin, transis de froid en attendant le jour, on se demandait en grelottant dans quel coin de l'Europe on se trouvait. Le train était en arrêt depuis déjà plusieurs heures. Au petit jour, on ouvre la lucarne: stupéfaction! nous étions en pleine campagne, la plaine était recouverte d'un manteau blanc, et la neige tombait toujours. Cette vision donna un grand cafard à tout le monde. De la neige au mois d'octobre ! Etions-nous donc arrivés en Pologne Orientale ou en Sibérie ?

Pas tout à fait, car peu après que le train se soit remis en route, nous abordons une grande ville d'où s'élève une quantité industrielle de cheminées d'usines. Après avoir contourné la ville un bon moment, nous traversons la gare, c'est Leipzig. Le train continue la route vers l'est.

 

Voila quatre jours que nous sommes enfermés dans les wagons sans autre nourriture qu'un peu de pain et du lard cru."

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commentaires

Bailly 19/10/2011 17:08


Mon père, Charles Bailly, a été fait prisonnier au Catelet (région de Cambrai) lors de la campagne de France le 19 mai 1940. Il est arrivé au Stalag IB B le 28 mai 40.Il est allé au Kommando
d'Hohenthal Schacht, un bagne dont il s'est évadé. Repris durant l'été 41, il a connu la comppagnie disciplinaire au Stalag IV E d'Altenburg.Il est allé ensuite au REI 19, un Kommando de Halle, où
il travaillait à la firme Grün (négoce de vin)
Cordialement


CHAPRON Marie-Madeleine épouse P. BERNIER 11/05/2011 23:22


Joseph CHAPRON a été fait prisonnier à St DIE Vosges,le 21 Juin 1940 je pense qu'il était auparavant à Neuf BrisachEnsuite il a du etre au stalag VII A à Moosburg (liste officielle N° 48 à Paris 4
Décembre 1940) il est allé aussi au Stalag IV E Mühlberg - matricule 49O78; j'ai une fiche d'ALTENBURG disant qu'il retourne dans sa patrie en date du 18 Juin 1941; Démobilisé à NANTES 26Juillet
1941 C'est tout ce que je connais d'officiel Bonne soirée


BATTAIS Jean Daniel 10/05/2011 23:46


En réponse à Marie Madeleine Chapron mon père Battais Jean a été fait prisonnier à Saint Dié
Comment faire pour rentrer en contact?
j'ai donné dans un commentaire mes coordonnées :mail et portable


marie-madeleine CHAPRON épouse BERNIER 08/05/2011 09:47


mon père né le 14 Juil 1899 a été fait prisonnier à St DIE Vosges;Chalons:marne 26 juillet 194O- StalagIV E et V B à Muhlberg- matricule 49078- je viens de découvrir qu'il était également au stalag
VII A à Moosburg (liste officielle de prisonniers à Paris 4 Déc 194O n) 48)Il a quitté ALTENBURG le 18 Juin 1941;je n'ai pas d'autres informations et je vous remercie pour celles que vous avez sur
votre blog c'est très bien. Marie-Madeleine CHAPRON


Brigitte 08/05/2011 16:00



merci beaucoup


s'il a quitté Altenburg en 1941, c'est soit pour être rapatrié comme mon père, soit envoyé dans un autre camp (peutêtre moosburg) ou dans un kommando de travail. Si vous n'avez pas fait de
demandes à Caen, ni à la croix-rouge,  je vous conseille de le faire, c'est le meilleur moyen pour connaitre son parcours, les lieux et les dates .


cordialement


brigitte



Maedes 15/04/2011 04:20


on imagine l'angoisse et les souffrances de ces jeunes gens!!!


Brigitte 15/04/2011 16:34



oui, sans savoir où ils allaient, ni pour que faire, ni pour combien de temps !


 



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  • : journal tenu par mon père Joseph Moalic lors de sa captivité en Allemagne pendant la seconde guerre mondiale
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