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23 mai 2010 7 23 /05 /mai /2010 17:59

"19 juin 1940, date inoubliable.

Ce jour-là, à cinq heures du matin, exténués de fatigue par une marche incessante d'un repli de plus de 400 kms précédé de durs combats sur la Somme et sur l'Oise, le régiment tout entier fut fait prisonnier par la colonne motorisée allemande qui nous avait devancé et encerclé dès le 18 dans l'après-midi. C'est en essayant de se replier encore davantage vers le sud pour gagner Limoges que nous fûmes arrêtés sur la route de Romorantin, près de Vernou, dans le Loir-et-Cher

 


                                vernou                                                    Vernou   rue principale

 

 

L'arrestation se fit sans incidents. Nous avions reçu l'ordre de ne pas résister.

Toute l'artillerie qui restait de la division était en colonne sur la route. En arrivant dans un carrefour gardé par l'ennemi, celui-ci fit feu sur la tête de colonne. Alors un officier s'en alla au devant en agitant un mouchoir blanc. Toute résistance était inutile. D'ailleurs, nous n'avions plus guère de munitions. Nous étions prisonniers.

Après le désarmement, on nous fit faire demi-tour avec nos chariots et nos chevaux en laissant nos canons.Nous remontions vers Orléans.

 

Peu après Vernou, nous rencontrâmes le gros de l'infanterie et de l'artillerie allemande, qui s'en allait toujours de l'avant, grisé par le succès, mais ne laissant pas moins paraitre la fatigue. Nous, pour la première fois, nous eûmes bien conscience d'avoir été dupés et trompés sur la valeur de notre armement et de l'armée allemande; et notre défaite ne nous parût qu'ordinaire en comparant notre vieux matériel de 1914-1918 au leur, très moderne et motorisé, réunissant une vitesse d'attaque bien plus grande.

 

De là, en deux étapes, nous fûmes dirigés et parqués dans un bois près d'un château à Jouy-le Potier, où nous devions rester quelques jours. Là, nous nous occupions de nos chevaux comme par le passé et nous avions la satisfaction de pouvoir nous reposer un peu, et d'avoir quelques vivres en réserve. Nous avions conservé notre roulante, ce qui nous permît d'éviter la famine pendant l'usure de nos réserves et de notre pain de guerre.

 

Si en ce moment-là, on avait su ce qui nous attendait par la suite, sûrement que moi et beaucoup de mes camarades n'auraient pas connu l'exil en Allemagne. Nous avions toutes les facilités pour nous évader, peu de surveillance, les gardes étant exténués de fatigue, notre installation en plein bois et au coeur de le France. De plus, les allemands n'avaient aucun contrôle sur nous, n'ayant pris ni nos noms, ni nos livrets. Hélas , souvent sur le coup, on ne réfléchit guère!

 

Déja le règne du bobard et du mensonge commençait et nous eûmes le défaut de nous être ainsi laissés berner. Ils nous lançaient des bobards des plus optimistes et que tout semblait confirmer. Nos officiers eux-mêmes les croyaient et nous rassuraient sur la véracité de ces dires. L'armistice était signée, la France avait déposé les armes. Notre détention ne faisait lieu que de quelques jours et ils allaient nous ramener à Orléans ou à Rennes pour nous libérer.

 

En fait, le 23 juin, de bon matin, par un temps orageux, nous prîmes la route à pied avec nos bagages, après avoir laissé nos chariots et nos chevaux sur place, et quelques camarades pour s'en occuper. La colonne s'étendait sur la route sur plusieurs kilomètres, car nous étions environ six ou sept mille prisonniers. Les coeurs au départ étaient assez gais. Ils nous assuraient nous envoyer à Orléans prendre le train pour Rennes pour y être démobilisés. C'était sans doute pour éviter les fuites.

 

La distance entre Jouy-le-Potier et Orléans est de vingt-quatre kilomètres, mais avec le détour que nous fîmes pour prendre le pont de chemin de fer de Vierzon (le seul pont qui n'ait pas sauté), cette distance fût portée à une trentaine de kilomètres. Le train de route était très accéléré. Les bonnes gens au seuil de leurs maisons nous versaient de l'eau à boire en passant.

A un dizaine de kilomètres du départ, on nous fit faire une pause et ceux qui avaient des vivres de réserve cassèrent la croute. Nous nous remîmes en marche.Tout le reste de l'étape se fit sans halte, près de vingt kilomètres d"une traite, et mené à un pas très rapide, si bien qu'en arrivant à Orléans sous la pluie, nous étions exténués et tous crevés sous le poids de nos bagages, les courroies nous rentrant dans les épaules."

 

 


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commentaires

Maedes 14/04/2011 21:06


Il ne faut jamais croire les dirigeants...... que d'émotion à la lecture de ces lignes "en direct"....


Brigitte 14/04/2011 23:16



ils se sont faits berner c'est sûr, et s'ils avaient su, ils auraient pu s'échapper et ne seraient sans doute pas allés en Allemagne !



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  • : journal tenu par mon père Joseph Moalic lors de sa captivité en Allemagne pendant la seconde guerre mondiale
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