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31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 15:43

( Les photos du stalag IVB de cet article et des suivants sont publiées avec autorisation , à partir du site Pegasusarchive, voir liens)

 

"Vers la fin de l'après-midi, dans un arrêt, une sentinelle parlant bien le français longe le convoi, nous annonçant l'arrivée prochaine, et nous disant de nous préparer à descendre. Peu de temps après, en arrivant à une petite gare, le train revient en arrière, puis s'arrête en pleine campagne, face à un petit chemin. Nous sommes enfin arrivés.

 

 

arrivée Mühlberg

                                                Arrivée Mühlberg/Elbe

 

 

Tout le monde est content d'en être quitte. Nous descendons de notre cage à la tombée de la nuit. Il y a une bonne épaisseur de neige. Nous sommes mis en rang, et en route. Après avoir parcouru deux kilomètres, nous arrivons aux fameux barbelés, c'est le camp IVB de Mühlberg, en Saxe.


                 

arrivéé au camp                                           Arrivée au camp

 

 

Nous contournons le camp qui nous parait énorme dans la pénombre de la nuit au milieu d'une grande plaine. En effet, c'était presqu' un genre de ville intérieure qui se trouvait là. Nous passons bientôt la porte d'entrée et sommes dirigés vers des baraquements en toile de tente.

 


             

porte principale stalag IVB                      Porte principale               copyright : Dick Van Maarseveen

 

 

 

 

 

declaration arrivée

déclaration n°1310 d'arrivées au stalag IVB de 120 prisonniers français, dont mon père (fournie par le bureau des archives des victimes des conflits contemporains de Caen )


 

 

 

liste complète arrivées au camp

  liste de 8 prisonniers parmi les 120 arrivées, dont mon père (archives de Caen)

 

 

Nous sommes mis par groupes de deux cents, puis, après un long stationnement sur la neige, on nous désigne notre tente. Mais doucement! Avant, il faut passer au dépouillement dans une autre tente. Là, les interprètes nous annoncent la liste des objets prohibés et dont il faut se démunir. Alors, briquets, lampes de poche, petit outillage, vêtements bleu de travail, souliers de rechange, etc, doivent être jetés sur le tas au milieu de la baraque. Après cela, nous sommes placés pêle-mêle comme un troupeau de moutons à quatre cents dans une tente où la lumière ne fonctionnait pas ce soir-là. Décrire la cohue qu'il y eût dans la tente en cherchant une place sur la paille de bois dans l'obscurité complète est impossible, mais dont je garderai toute ma vie le mauvais souvenir. Tant bien que mal, nous arrivons à nous caser et à nous coucher, très heureux de pouvoir enfin s'allonger.

 

Vers onze heures du soir, on nous annonce l'arrivée de la soupe. Privés de lumière et de gamelle, beaucoup ne se dérangèrent pas, car c'était tout un problème que de pouvoir arriver à la porte où était faite la distribution, la tente mesurant une quarantaine de mètres. Il y en avait couchés dans tous les sens, et tassés comme on était, tout ce remue-ménage, les uns marchant sur les autres, ne se passa pas sans nombreux cris.

Je finis par avoir ma gamelle de soupe aux choux que je dévorai en vitesse et que je trouvai bonne après ce régime de quatre jours de lard crû. Puis tout rentra dans l'ordre et on essaya de dormir bien serrés les uns contre les autres, car la température était basse sous la toile de tente, et beaucoup étaient sans couverture, l' ayant laissé à Orléans suivant les ordres donnés. Les autres, parmi lesquels j'étais, étaient très heureux de la retrouver en ce moment.

 

Le lendemain, nous sommes réveillés à cinq heures, puis rassemblement dehors aussitôt pour le contrôle malgré la nuit. Nous restons là environ une heure sur la neige à geler. Après, il n'y avait qu'à attendre dans notre tente ou aux alentours notre tour pour le passage à la douche-désinfection, avant d'être autorisés à passer de l'autre côté de la grille dans le vrai camp. Avant ce baptême d'un nouveau genre, interdiction d'avoir des relations avec les camarades de l'autre côté.

Sur ce point, certains furent imprudents en parlant à des camarades rendus de l'autre côté. Ceux qui furent pris s'approchant de trop des barbelés séparateurs par un gardien que tous ceux qui passèrent au stalag IVB connurent entre tous, et que l'on surnommait "raouss", payèrent cher ce léger oubli de la consigne. Le premier jour de notre arrivée, je vis trois prisonniers qui furent mis au garde-à-vous dans la neige, au milieu de la plaine, face au vent, pendant trois heures, jusqu'à ce que l'un deux tomba inanimé, sans connaissance, congestionné. Je crois qu'il est mort par la suite.

 


    

barrière entre les 2 camps               barbelés entre les deux camps    copyright Barry Seddon

 

 

Je devais passer trois jours et trois nuits sous les tentes, attendant mon tour. Heureusement que pour la deuxième nuit, on toucha des couvertures.

 

A la douche, on passait par groupes de soixante à cent avec tous les bagages. Les couvertures, on devait les rendre. Dans la salle de déshabillement, on devait tout déposer sur un porte-manteau, musettes et tout leur contenu sorti -souliers et vêtements. Ce paquet préparé était déposé sur un chariot qui passait dans une salle de désinfection au gaz. Pendant ce temps, on passait à la douche, puis, dans une salle chauffée, tassés à une centaine, on devait attendre pendant deux heures en costume d'adam que nous rentrions en possession de nos vêtements. Cette attente et cette promiscuité étaient vraiment pénibles.

Après ce nettoyage, nous étions dignes de passer parmi les purs dans le vrai camp. On nous redonnait deux couvertures. Puis, c'était à nouveau la fameuse fouille tant redoutée, mais qui n' était plus aussi sévère qu'au début où tous les objets personnels étaient raflés. On rentre dans une salle par groupes. Tout le paquetage doit être une nouvelle fois sorti des musettes et disposé sur la couverture, le contenu des poches dans le calot, puis chacun son tour, nous passons devant les fouilleurs qui sont deux, un Allemand et un Français, ce dernier souvent plus vorace que l'autre, se servant de ce qui lui fait plaisir, souvent pour revendre, ce qui n'était pas digne entre Français.

 

Après ces bouleversements commencés le matin, nous fûmes enfin affectés à une baraque en planches chauffée et assez bien installée. Puis nous pouvons enfin vers seize heures, manger notre rata du midi, le premier de la journée, des pommes de terre en pluches, froides depuis longtemps, mais que l'on mangea quand même de grand appétit.

 

Ce jour-là, c'était le samedi. Le dimanche, on fût tranquille.

Puis, le lundi, ce furent les formalités administratives.

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commentaires

robert 06/12/2016 17:31

mon papa a été prisonnier et j ai sa plaque de prisonnier n) 62298 gaston robert bourges libere le 11 mai 1945 , j ai aussi son laissez passer AUSWEIS papier allemand pouvons nous aller voir cet endroit et avoir des renseignements merci

Erwan 29/07/2016 13:30

Merci de ce témoignage. Mon grand père y a été prisonnier et j'ai un petit portrait de lui sur lequel est noté STALAG IVB 1940. Il est signé EA. Est-ce que quelqu'un pourrait dire si ces initiales évoquent un nom ?
Cordialement

BAGUET 22/07/2015 15:18

Merci de ces photos et textes;
c'est le camp où a été interné mon père BAGUET Roger,né en janvier 1920 à GLONVILLE (54),soldat du 5° Régiment du Génie,fait prisonnier à BOURGES.Il n'a parlé qu'une seule fois de cette période après avoir regardé ensemble un film traitant des camps; et si j'ai bien compris, il a été dirigé vers un" disciplinaire "; comment vérifier ? Merci

proxy 20/04/2015 18:05

Bonjour,
Je n'ai jamais connu mon grand-père, mort bien avant ma naissance. Il a toujours été assez secret sur son passé militaire, même avec ses enfants.
Et puis un jour, je tombe sur son nom dans une liste officielle des prisonniers du Stalag IV B. Jusque là rien de bien grave son nom est assez répandu pour avoir un homonyme, mais un homonyme avec la même date et le même lieu de naissance...
Ma mère m'a donné le nom de ce grand-père inconnu, c'est peut-être pour ça que j'ai l'impression d'être en mission pour ma famille, aujourd'hui j'ai peut-être l'occasion d'éclaircir une zone que ma famille s'est résignée à garder dans l'ombre.
J'aimerais retracer le parcours militaire, au moins pour cette période (le reste est assez logique pour ma famille vu que c'est après qu'il a rencontré ma grand-mère) de mon grand-père, sauriez-vous où je peux trouver ces informations?
En tout cas merci à vous et à ce blog qui m'auront au moins permis de mettre une zone géographique au stalag IV B.

proxy

bonischo 04/03/2015 23:21

bonsoir, je découvre votre site, et je suis très intéressée, car c'est une période dont papa ne ns en a jamais parlé. J'ai retrouvé sont passage au stalag IVB sur la liste n° 82, mais comment
faut-il faire pour trouver son parcours par la suite, jusqu'à la libération ? Merci

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  • : journal tenu par mon père Joseph Moalic lors de sa captivité en Allemagne pendant la seconde guerre mondiale
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